
Lors de la soirée de lancement de WIKAN, Jacques Le Bris m’a rapidement abordé et nous avons commencé une riche discussion au sujet de WIKAN. Si Jacques était direct et ne mâchait pas ses mots, ce n’était pas pour me déplaire car je préfère de loin les débats animés, à l’échange de banalités trop polies qui finalement n’enrichissent pas la réflexion.
Lors de cette soirée, notre discussion est restée courte étant donné l’attention que j’essayais d’apporter à chaque invité… C’est sûrement pourquoi Jacques a ensuite envoyé un long e-mail, pour la continuer.
Avec son accord, j’ai choisi de publier une partie de nos échanges, car ils soulèvent des questions intéressantes. Je ne prétends pas avoir toutes les réponses (sinon la vie serait bien triste), mais ça nous fait progresser.
Merci Jacques de nous avoir stimulés !
(Vous pouvez consulter le Ziki de Jacques Le Bris ici).
* * *

Jacques Le Bris. Il est très difficile de faire changer les habitudes des gens. Imposer un nouveau site alors qu’il y en a déjà beaucoup trop à leur avis est une vraie gageure.
Alors à l’ère des réseaux planétaires, il me parait pour le moins bizarre de limiter au départ Wikan sur Toulouse intra muros.
Jean-Jacques Lutz. L’intention n’est pas de cantonner Wikan à Toulouse intra muros, mais nos capacités actuelles en termes de marketing ou de développement ne nous permettent pas de viser un marché Français ou international à court terme. Aussi cette plateforme est-elle “centrée sur Toulouse”, mais ouverte à toute la planète (en tout cas les Francophones). Son objectif est de valider certaines hypothèses avant d’aller voir les « Capital Risqueurs », armé d’un solide Business Plan, pour la développer en France et à l’étranger.
JLB. Déjà en 1927, les frères Schlumberger avaient compris que leur marché était planétaire, alors immédiatement l’un partit en Russie, l’autre aux USA. On connait la suite…
Ces dernières années, j’ai rencontré des centaines de cadres au 2bis rue Lafage à Toulouse. Aujourd’hui certains sont de vrais amis et sont répartis sur la planète : qui aux USA, qui en Allemagne, qui en Angleterre, qui au Canada, qui en Belgique, qui en Afrique, qui en Pologne, Etc. Dieu sait où ils seront demain !
Ceci pour dire que l’on ne connait pas forcément l’adresse d’une personne à l’instant “t”, même si on est en mesure de la recommander vivement. L’adresse doit être donnée par l’intéressé, qui en principe sait où il habite et a un intérêt immédiat à voir cette base de données à jour : s’il s’en souvient.
J’ai personnellement détourné cet obstacle en mettant un “?”. Combien abandonneront à cause de ces limitations de saisie ?
JJL. Les informations de localisation géographique utilisées proviennent à la fois des déclarations de ceux qui recommandent ainsi que la déclaration des inscrits sur le lieu où ils résident. Cependant, il ne faut pas oublier que Wikan permet de recommander un plombier qui n’est pas inscrit sur la plateforme, et en général ceux qui recommandent savent où (même approximativement) la personne intervient (en ce sens nous autorisons tous les degrés de localisation pays, région, ville).
JLB. Maintenant un individu peut avoir de nombreuses adresses de courriel (je ne compte pas les miennes, plusieurs dizaines). Et malgré mes conseils pour que chacun conserve et diffuse une seule et même adresse pour rester en contact avec son propre réseau, je constate que beaucoup de mes amis changent très souvent de bale (boîte à lettre électronique). Avec votre reconnaissance d’un lien par La bale comment allez-vous vous y retrouver ?
JJL. En ce qui concerne nos contacts sur WIKAN, la proposition est de choisir une seule adresse e-mail pour chacun des contacts : l’adresse que chacun juge la plus pertinente pour entrer en contact avec cette personne. Par exemple, vous concernant, j’utiliserai votre adresse yahoo.fr, la seule que je connaisse. La limitation de ne privilégier qu’une adresse e-mail par contact, résout les problèmes qui pourraient se poser si je venais à déclarer pour un même contact, deux adresses, alors que celles-ci auraient été déclarées séparément par deux inscrits WIKAN…
Concernant l’inscrit maintenant. Un inscrit peut (et devrait) se déclarer toutes les adresses par lesquelles il peut être connu, parce que c’est un fait que nous avons tous plusieurs adresses e-mail (professionnelle, personnelle, associatives…).
Ces deux propositions pour WIKAN rendent le maillage possible entre les personnes qui se connaissent, sans avoir à appliquer la règle du « Veux-tu être mon ami ». La limitation que vous notiez de n’indiquer qu’une adresse e-mail par contact n’en n’est finalement pas une puisque vous en choisirez une dont vous savez qu’elle fonctionne.
JLB. UNYK avait résolu ce problème en proposant de mettre à jour nos coordonnées auxquelles nos amis pouvaient nous retrouver facilement. Là encore c’est à l’intéressé de préciser sa bale active (et l’orthographe de ses nom et prénom). Une fois qu’il l’a précisé cela devrait effacer, ou du moins supplanter, tout autre en provenance de Tiers pas forcément au fait des derniers changements.
JJL. Je connais unyk.com (et j’y suis inscrit). Ce sont certainement ceux qui seraient le plus proche de Wikan dans l’idée d’avoir à leur niveau une base de carnet de contacts déjà existante et très fournie. C’est d’ailleurs certainement ceux que l’on pourrait approcher le plus logiquement pour, que UNYK et WIKAN combinent leurs idées :
- Une gestion efficace du carnet de contact
- l’exploitation efficace de ce carnet à 1, 2, 3, 4 poignées de main pour trouver des personnes recommandées.
JLB. J’ai commencé à introduire un réseau préexistant de Professionnels assez solidaires et mêmes certains liens sont assez forts pour permettre des recommandations sérieuses, mais le nombre d’inscrit ne semble pas décoller ! Probablement à cause de ces erreurs d’ergonomie ou de sophistication informaticienne.
JJL. Il est évident qu’il faudra du temps pour que la mayonnaise prenne. WIKAN est à rapprocher du fonctionnement de Wikipédia. Si chacun joue le jeu en recommandant et en maillant, alors il y aura un intérêt ! Si personne n’alimente la plateforme, il est évident que malgré nos 300 inscrits, le réseau sera loin d’être efficace (Je ne le rappellerai jamais assez, nous sommes en bêta). En ce qui concerne nos erreurs d’ergonomie ou de sophistication informaticienne, nous tentons de nous soigner ;-). Vous serez content de constater que nous avons corrigé certains défauts majeurs dont nous ne nous étions pas rendus compte avant la soirée de lancement (par exemple : savoir recommander n’importe quelle personne dans n’importe quel domaine, depuis les boutons du panneau graphique). On est en Bêta, la plateforme est imparfaite, et nous sommes preneurs de tous les retours utilisateurs (sur le forum, sur le blog, par e-mail… ou dans la vraie vie !).
Vous dites avoir introduit un réseau préexistant, cela signifie t-il que ces personnes sont inscrites ? Cela pourrait expliquer que le nombre d’inscrit ne décolle pas… Quand bien même nous ne sommes pas encore des milliers, ne pensez-vous pas qu’une utilisation de WIKAN même hyper locale (c’est à dire au sein d’un groupe de 10 personnes qui se connaissent et qui décident de l’utiliser) puisse déjà apporter un premier niveau de service? Pour le démontrer, nous avons dans l’idée d’expérimenter WIKAN dans un quartier où 10 voisins recommanderaient des personnes liées à tout ce qui touche à l’habitation (un couvreur, un installateur TV, un jardiner, un paysagiste,…).
Il ne tient qu’à chacun d’entre nous d’en parler autour de nous et de commencer à bénéficier de l’utilité proposée par la plateforme à travers ses amis proches. Francis Pisani disait au forum Ville 2.0 le 15 Octobre 2009, à Toulouse : “On ne crée pas une communauté, on lui donne les outils pour de développer”. C’est ce que WIKAN tente de faire.
JLB. Autre problème, j’ai aux alentours de 48 homonymes parfaits (prénom et nom identiques) rien qu’en France. Comment faites-vous pour ségréguer les informations concernant l’un et pas les 47 autres et attribuer une éventuelle recommandation à la bonne personne ?
JJL. Par l’adresse e-mail par laquelle les personnes qui vous recommandent vous connaissent. S’ils ne connaissent pas votre adresse e-mail, ce n’est pas grave, puisqu’ils savent comment vous trouver (par exemple “C’est celui qui habite le N°20 de la rue d’à côté”. Le seul effet de bord dans ce cas est que les recommandations ne peuvent pas être présentées, consolidées autour d’un seul et même profil anonyme. On se retrouve alors avec plusieurs profils anonymes, qui ont chacun une recommandation, alors qu’ils décrivent dans la réalité la même personne.
JLB. Pour le remplissage à grande échelle de la base de données, vous offrez la possibilité de décharger notre propre base de données. Compte tenu de ce que je viens de rappeler, je constate pour un même individu “n” bales qui ont été actives à un moment de l’histoire. Qui épure sa base de bales ? A mon avis, pas grand monde pour ne pas dire personne.
Ainsi, si quelqu’un appuie par inadvertance sur le bouton de transfert, vous risquez de vous retrouver avec plusieurs centaines, voire des milliers d’informations diverses et variées à mettre à la poubelle ; reste à savoir comment et par qui ?
JJL. Nous fonctionnons aujourd’hui sur le mode de l’import du carnet sur www.wikan.org, ce qui est loin d’être idéal. Nous avons presque terminé de développer le plug-in Outlook qui permettra de faire descendre WIKAN au niveau de l’outil de carnet de contact de chacun. Le développement iPhone est prévu en suivant. L’idée est d’amener WIKAN là où les gens gèrent leurs contacts, afin que l’on ne se pose plus de question. On gère son carnet de contact quelque part et ça devra être une condition suffisante pour que Wikan fonctionne. Pour les adresses e-mails multiples concernant un même contact, il y en aura une qui sera la principale et qui sera utilisée par WIKAN pour mailler (l’idée d’adresse principale existe déjà, notamment sur MAC).

JLB. Quant à l’obstacle principal que je vois au développement de votre outil, c’est tout simplement la case départ.
En effet, nous constatons que dans les associations nous rencontrons en majorité des Consommateurs. C’est-à-dire que si votre base était déjà remplie il y aurait éventuellement quelques personnes pour y investir de temps en temps un €uro. Mais consacrer du temps pour faire un vulgaire travail de saisie pour le compte d’un tiers, il ne faut pas trop rêver !
JJL. La question de la case départ… C’est vrai qu’on préfèrerait offrir un WIKAN mondial avec 20M d’inscrits, 600M de personnes recommandées… On n’en n’est pas là (pas encore !). C’est un des objectifs de cette plateforme Bêta de permettre de déterminer à quoi correspond cette case départ pour Toulouse et sa région. Mon intuition, c’est que 2000 inscrits, c’est une bonne case départ pour Toulouse et sa région (2000 inscrits c’est peut-être 200.000 contacts recommandables, soit à peu près la moitié de la population). Si l’on arrive à trouver la case départ pour Toulouse et sa région, il sera aisé d’extrapoler à la France et au reste du monde. « Il ne restera plus » qu’à dérouler le tapis du marketing pour atteindre la case départ pour assurer la croissance et l’utilité d’un WIKAN mondial…
Quant à l’expression « pour le compte d’un tiers », je rappelle qu’on le fait aussi pour soi. On fournit ses recommandations et on exploite celles de nos proches.
JLB. Ils préfèreront, comme ils l’ont toujours fait, s’adresser à leurs amis par téléphone et ils leur demanderont : “dis tu ne connaitrais pas quelqu’un qui … ?”. Et jusqu’à présent cela a fonctionné, je ne vois pas par quel miracle ils changeraient d’habitude. En cas de non réponse immédiate, peut-être qu’un bon ami leur recommandera de tester Wikan.
JJL. On est en plein dans le sujet. WIKAN sert effectivement à faire ce qu’on fait dans la vraie vie, en beaucoup mieux. Ca a toujours fonctionné, sauf que ça a toujours présenté de grandes limitations. Des études montrent que l’on exploite son réseau à 70% à 1 poignée de main (1PM), c’est à dire nos amis et à 30% à 2PM (les amis d’amis). Après cela reste marginal. L’intention de WIKAN c’est de permettre à chacun d’exploiter quotidiennement le 3PM, en remplaçant les situations fortuites où le 3PM existe, pas la présentation des vraies opportunités.
JLB. Autre obstacle de taille, oser une recommandation, c’est prendre une Responsabilité.
Ce simple mot fait fuir tout le monde, sauf les Cupides.
JJL. C’est une vraie question trop souvent négligée. C’est d’ailleurs l’objet d’une étude que nous souhaiterions mener avec le Laboratoire PDPS du Mirail, car il ne faut pas négliger les freins qui peuvent être liés à la recommandation. Cependant, WIKAN offre un mode de recommandation qui me semble tout à fait sain et authentique. Un interlocuteur me disait à ce propos : « Je ne comprends pas pourquoi la recommandation est anonyme sur WIKAN, si je recommande quelqu’un je dois être fier de cela, je n’ai pas à le cacher. Ca va contre le côté éthique de WIKAN ». Ce à quoi je répondais : « Au contraire, avec WIKAN vous serez amené à assumer pleinement votre recommandation, puisque quelqu’un de proche viendra vous voir pour accéder à la personne que vous avez recommandée. Le fait de faire cette recommandation de manière anonyme garantit surtout que vous n’allez pas être influencé dans votre manière de recommander car vous ne jouez alors rien quant à la relation avec la personne recommandée. Vous êtes complètement libre ! ». La question de la « fausse » recommandation ou de la recommandation « biaisée » est récurrente. Je vais d’ailleurs travailler à rédiger un post sur le blog pour expliquer comment WIKAN se prémunit de tous ces cas.
JLB. Est-ce que parmi eux, il y en a certains qui miseront sur le long terme en investissant un peu de leur précieux temps dans la saisie en attendant une éventuelle retombée sonnante et trébuchante ? Là est la question ! Mais je crains fort qu’ils utilisent déjà d’autres moyens pour obtenir leur satisfaction de façon plus immédiate.
C’est bien pour cela que je vous ai déjà souhaité bon courage et que j’espère malgré tout ne pas avoir trop entamé aujourd’hui votre dose d’optimisme.
JJL. C’est vrai qu’il faut une bonne dose d’optimisme. Je crois que j’essaie de garder un idéal car c’est une bonne source d’optimisme. WIKAN est vraiment différent de ce qui existe et les gens n’aime pas perdre leurs repères (mais les repères qu’ils m’opposent sont-ils de bons repères ?). C’est pourquoi je pense que je peux paraître parfois fermé, alors qu’en fait j’essaie de rester très ouvert, à l’écoute, et respecter chacun. Il n’en reste pas moins que je veux donner une chance à ma vision d’un réseau social que l’on ferait vivre différemment…
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